Mardi 9 octobre 2018

Le Fog (3)

Contre le sable ocre des dunes souillées par le plastique, rebondissent et se perdent les sons vibrants des moteurs de ceux qui ont oubliés le visage de leur père. Ici on vient consommer de l’essence, pour un plaisir éphémère et illusoire, dans cette grande étendue sablonneuse où on nous dit qu’il n’y a rien d’autre à faire parce qu’il n’y a rien. Alors que s’étendent les dunes dans les vallées creusées par une ancienne mer. Alors que des massifs rocheux et friables nous dominent de tous les côtés. Alors que l’eau s’est rendue jusqu’ici, amenée d’une main d’homme dans ce désert, pour y implanter l’agriculture. Alors que chaque grain de sable non foulé nous raconte un nouveau monde et que chaque abri qu’il soit végétal ou minéral est une promesse de découverte.

Celui qui vient chercher un service ne pourra trouver rien d’autre que ce qu’on aura à lui offrir.

Je suis déçu. Par moi-même et par les autres.

Parfois voyager me rend de plus en plus désespéré. Découvrir ou redécouvrir tous nos travers et avoir la sensation très dérangeante que nous fonçons droit dans un mur. Parce que chacun vie pour soi et que c’est de plus en plus la seule réalité. Alors que nous sommes des êtres sociaux. Une rage pleine de larmes me remplie. Je la contient mais elle presse. Elle m’oppresse et parfois me bouscule. Pourquoi portons-nous tant atteinte à la Vie ?

J’ai vécu aujourd’hui un traumatisme sourd en marchant dans ce désert où chaque buisson était bleu du plastique prit dans ses branches. Je mélange peut-être tout ici mais en tant qu’occidental je me sens responsable de cette déchéance.

Je déteste ceux qui lâchement jettent quelque chose par le mince filet d’air de leur vitre de voiture. Ils font ça le plus rapidement possible. Non pas par peur de se faire prendre, mais plutôt pour économiser un peu d’air climatisé.

Je suis déchiré ici entre les gens d’une sympathie remarquable, d’une générosité toute aussi à leur honneur et malgré ce qu’on croit, d’une curiosité et d’une ouverture bienveillante. Mais tout est allé trop vite pour eux comme tout va trop vite pour nous. Et tout s’est construit pour qu’il soit impossible de se déplacer naturellement. Et l’air gronde de ces autos qui viennent jours et nuits. Et c’est partout pareil. Partout les hommes se plaignent quand ils ne maîtrisent pas chaque seconde de leur temps. Et ils s’étouffent de cigarettes et noient leurs angoisses à coup de paradis artificiels. Et ils s’empoisonnent en tuant la terre, l’air et les océans, bien à l’abri de leurs 4 murs plein d’images. Et je me meurs de participer à tout ça et je voudrais mourir pour que la moindre de mes actions n’aient plus le poids qu’on leur a imposé.

Je suis le fog.

|texte du 17/01/18|

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